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Nutri-Score : comment le lire (et ses limites)

Dessus d'un panier de courses en osier posé sur une table en bois clair

Le Nutri-Score est un logo à 5 lettres, de A (vert foncé) à E (orange foncé), qui résume la qualité nutritionnelle d’un aliment pour 100 g ou 100 ml. Il sert surtout à comparer des produits d’une même catégorie (deux céréales, deux pizzas, deux yaourts), pas à dire si un aliment est « bon » ou « mauvais » dans l’absolu. Depuis mars 2025, il est calculé en France avec un algorithme plus exigeant, et les emballages ont jusqu’en mars 2027 pour s’adapter.

Dans ce guide, on voit comment il est calculé, ce que change le nouveau mode de calcul, ce qu’il ne mesure pas (additifs, transformation, portions, bio) et surtout comment t’en servir concrètement au supermarché, en complément d’une lecture rapide de l’étiquette. C’est un bon outil pour remplir sa liste de courses équilibrée, à condition de connaître ses limites.

Le Nutri-Score, c’est quoi exactement ?

Le Nutri-Score est un étiquetage nutritionnel simplifié placé sur la face avant des emballages. Il a été conçu par des chercheurs de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Inserm, INRAE, Cnam, université Sorbonne Paris Nord), puis adopté par les pouvoirs publics. En France, il a été officialisé par un arrêté du 31 octobre 2017, dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS). Santé publique France en assure la gestion et la promotion.

Son objectif est simple : t’aider à repérer d’un coup d’œil, entre plusieurs produits comparables, celui qui a la meilleure composition nutritionnelle. Le logo comporte cinq lettres associées à cinq couleurs, et la lettre du produit est mise en avant (plus grande que les autres).

LettreCouleurCe que ça indiqueExemples génériques souvent rencontrés
AVert foncéMeilleure qualité nutritionnelle de sa catégorieLégumes surgelés nature, flocons d’avoine, légumineuses en conserve au naturel, eau
BVert clairBonne qualité nutritionnelleHuiles d’olive, de colza ou de noix (nouveau calcul), certains pains complets
CJauneQualité intermédiaireCertains plats préparés, boissons édulcorées (nouveau calcul : de C à E)
DOrangeQualité nutritionnelle moins favorableBeaucoup de fromages, de charcuteries, de céréales sucrées
EOrange foncéQualité nutritionnelle la moins favorableSodas sucrés, barres chocolatées, biscuits apéritifs très salés

À retenir : un produit noté D ou E n’est pas « interdit ». Le PNNS recommande simplement de limiter les produits D et E et de les garder pour des occasions, en quantités raisonnables. Un fromage noté D a toute sa place dans une assiette équilibrée.

Comment le Nutri-Score est calculé

Le calcul se fait toujours pour 100 g ou 100 ml de produit, à partir de la déclaration nutritionnelle obligatoire. Il met en balance deux types d’éléments :

  • Les éléments à limiter (points « négatifs ») : l’énergie (calories), les acides gras saturés, les sucres et le sel. Pour les boissons, les édulcorants sont aussi comptés depuis le nouvel algorithme.
  • Les éléments à favoriser (points « positifs ») : les fibres, les protéines, et la part de fruits, légumes et légumineuses.

On additionne les points négatifs, on retire les points positifs (avec des règles particulières, par exemple pour les protéines quand le produit est très gras, sucré ou salé), et le score final est converti en lettre. Trois familles ont des règles adaptées : les boissons, les matières grasses (huiles, beurre, noix et graines) et les fromages. C’est pour ça qu’il ne faut pas comparer une huile et un yaourt : leur score n’est pas calculé sur la même grille.

Certains produits ne sont pas concernés : les aliments non emballés (fruits et légumes frais au rayon vrac, viande à la coupe), les herbes aromatiques, épices, thé, café, et les boissons alcoolisées. L’absence de logo ne veut donc rien dire en soi.

Le nouvel algorithme : ce qui change depuis 2025

Le Nutri-Score est piloté par un comité scientifique européen qui réunit les pays qui l’utilisent. En 2022 (aliments) puis en 2023 (boissons), ce comité a publié une version révisée de l’algorithme pour mieux coller aux recommandations alimentaires. Selon Santé publique France (2024), environ 30 à 40 % des produits voient leur note bouger.

En France, cinq ministres ont signé le 14 mars 2025 l’arrêté qui adopte ce nouveau calcul, publié au Journal officiel le 15 mars 2025 (Actualités PNNS, mars 2025). Les entreprises disposent de deux ans pour mettre leurs emballages en conformité, soit jusqu’en mars 2027 d’après le document Questions-Réponses de Santé publique France (version du 17 mars 2025). Pendant cette période, tu peux donc croiser en rayon des produits notés selon l’ancien calcul et d’autres selon le nouveau.

Ce qui évolueCe que ça change concrètement
SucresBarème plus sévère : céréales du petit déjeuner sucrées, produits laitiers sucrés et desserts sont mieux distingués, et les plus sucrés descendent en D ou E.
SelBarème plus strict et calcul direct en grammes de sel (et non plus en sodium converti), ce qui pénalise davantage les produits très salés.
Céréales complètesMeilleure distinction entre les produits céréaliers complets riches en fibres et les produits raffinés (pain, pâtes, céréales).
HuilesLes huiles riches en bons acides gras insaturés (olive, colza, noix) passent en B au lieu de C.
Poissons grasMieux classés, pour refléter leur intérêt nutritionnel (oméga-3).
Viande rougePoints de protéines plafonnés : la viande rouge est moins bien notée que la volaille, en cohérence avec le conseil de la limiter.
FromagesRègles adaptées à cette catégorie, pour mieux différencier les fromages entre eux.
BoissonsLe lait et les boissons lactées ou végétales passent dans la catégorie boissons ; les édulcorants sont comptés : les sodas « light » ne peuvent plus être B (ils vont de C à E). Seule l’eau est A.

En résumé, le nouveau Nutri-Score se rapproche des repères du PNNS : plus de céréales complètes, des huiles végétales de qualité, du poisson, moins de sucre, de sel et de viande rouge. Si tu connais déjà les bases de l’index glycémique, tu remarqueras la logique commune : les produits complets et riches en fibres sont mieux valorisés.

Un logo facultatif, utilisé dans 7 pays

En France, l’affichage du Nutri-Score est volontaire : c’est le fabricant ou le distributeur qui décide de s’engager. En revanche, une fois engagé, il doit l’afficher sur l’ensemble des produits de sa marque concernés par l’engagement, et suivre le règlement d’usage. Il n’existe pas, à ce jour, d’obligation européenne d’afficher un logo nutritionnel en face avant.

D’après Santé publique France (2024), sept pays européens ont adopté le Nutri-Score : la France, la Belgique, la Suisse, l’Allemagne, le Luxembourg, l’Espagne et les Pays-Bas. Ils partagent la même gouvernance et le même algorithme, même si les dates d’application du nouveau calcul diffèrent d’un pays à l’autre.

Conséquence pratique : certains produits n’affichent pas de Nutri-Score parce que la marque ne l’a pas choisi, pas forcément parce que le produit serait mal noté. Des applications de scan alimentaire calculent un score à partir des données de l’étiquette, mais il s’agit alors d’une estimation, pas du logo officiel.

Gros plan sur deux mains (sans visage) tenant deux paquets de céréales génériques sans marque ni texte lisible côte à côte

Ce que le Nutri-Score ne dit pas

Le Nutri-Score est un bon outil, mais il ne regarde qu’une seule chose : la composition nutritionnelle pour 100 g. Plusieurs informations utiles lui échappent complètement.

Les additifs et le degré de transformation

Deux produits peuvent avoir la même lettre alors que l’un contient trois ingrédients et l’autre une longue liste d’additifs (émulsifiants, arômes, édulcorants, colorants). Le Nutri-Score ne mesure pas le degré de transformation. Pour ça, il existe une autre grille de lecture, la classification NOVA, que l’on détaille dans notre article sur les aliments ultra-transformés. Les deux outils sont complémentaires : l’un parle de nutriments, l’autre de transformation.

La portion réellement consommée

Le calcul pour 100 g ne tient pas compte de la quantité que tu manges vraiment. Une huile d’olive notée B se consomme à la cuillère, pas à 100 g. À l’inverse, une boisson notée C peut représenter un grand verre plusieurs fois par jour. Le Nutri-Score compare des produits, il ne dit pas combien en manger.

Le bio, l’origine, les pesticides

Le mode de production n’entre pas dans le calcul. Un biscuit bio et un biscuit conventionnel de même composition auront la même note. Le logo ne renseigne pas non plus sur l’origine des ingrédients, les résidus de pesticides ou l’impact environnemental.

Les vitamines, minéraux et l’équilibre global

Le calcul n’intègre ni les vitamines, ni les minéraux (hors sel), ni la qualité de ton alimentation sur la journée. Un repas équilibré se juge sur l’ensemble de l’assiette et de la semaine, pas sur la lettre d’un seul produit. C’est tout l’esprit du rééquilibrage alimentaire : des repères simples, sans tout contrôler.

Comment s’en servir au supermarché

Le bon réflexe : utiliser le Nutri-Score à l’intérieur d’un même rayon, pour départager des produits que tu achèterais de toute façon.

  1. Compare des produits du même type. Céréales contre céréales, pizza contre pizza, soupe contre soupe. Comparer une huile et une compote n’a pas de sens.
  2. Choisis la meilleure lettre quand tu hésites. Entre deux muesli, un A et un D, le A contient en général moins de sucre et plus de fibres. Pour un même plaisir, c’est un petit gain facile.
  3. Regarde ensuite la liste d’ingrédients. À lettre égale, privilégie la liste la plus courte, avec des ingrédients que tu reconnais.
  4. Pense à la portion. Une note C sur un produit que tu manges en petite quantité compte peu ; une note D sur un produit du quotidien mérite plus d’attention.
  5. Ne cherche pas le 100 % A. Les produits bruts (fruits, légumes frais, viande ou poisson à la coupe) n’ont souvent pas de logo et restent la base d’un panier équilibré.

Quelques comparaisons parlantes (exemples génériques)

RayonChoix souvent mieux notéChoix souvent moins bien noté
Petit déjeunerFlocons d’avoine, muesli sans sucres ajoutésCéréales fourrées ou chocolatées
Produits laitiersYaourt nature, fromage blanc natureDesserts lactés sucrés, crèmes dessert
PainPain complet ou aux céréales complètesPain de mie brioché, viennoiseries
Matières grassesHuile de colza, d’olive ou de noixHuiles de friture, matières grasses très saturées
BoissonsEau plate ou gazeuseSodas sucrés ou édulcorés, boissons aux fruits sucrées
Plats préparésLégumes cuisinés, légumineuses en conserve au naturelPlats en sauce très salés et gras

Astuce : pour les produits qui reviennent toutes les semaines dans ton caddie (pain, céréales, yaourts, sauce tomate), prends une fois le temps de comparer les lettres et les listes d’ingrédients, puis garde ton choix. Pas besoin de tout vérifier à chaque course.

Lire l’étiquette complète en 1 minute

Le Nutri-Score est un raccourci. Quand tu as un doute, deux zones de l’emballage complètent l’information.

La liste des ingrédients

Les ingrédients sont classés par ordre décroissant de poids : le premier est le plus présent. Si le sucre, le sirop de glucose ou l’huile arrivent en tête, tu sais à quoi t’attendre. Une liste courte, avec des ingrédients que tu pourrais avoir dans ta cuisine, est en général bon signe. Les allergènes y sont mis en évidence (gras, majuscules ou couleur).

Le tableau nutritionnel pour 100 g

Il est obligatoire sur la plupart des produits emballés et donne, pour 100 g ou 100 ml : énergie, matières grasses dont acides gras saturés, glucides dont sucres, protéines et sel. Les fibres sont facultatives mais souvent indiquées. Comme tout est exprimé pour 100 g, la comparaison entre deux produits est directe, même si les paquets n’ont pas la même taille.

Repère pour 100 gPlutôt peuPlutôt beaucoup
Sucres5 g ou moinsPlus de 22,5 g
Matières grasses3 g ou moinsPlus de 17,5 g
Acides gras saturés1,5 g ou moinsPlus de 5 g
Sel0,3 g ou moinsPlus de 1,5 g

Ces repères, issus de l’étiquetage nutritionnel britannique (Department of Health, 2016), sont indicatifs : ils ne remplacent pas le Nutri-Score, mais t’aident à comprendre pourquoi un produit est mal ou bien noté. Si un plat préparé t’étonne par sa note, regarde d’abord la ligne « sel ».

Le Nutri-Score dans une alimentation équilibrée

Le Nutri-Score est utile pour les produits transformés et emballés. Mais l’essentiel d’une alimentation équilibrée se joue ailleurs : des légumes et des fruits à chaque repas, des féculents de préférence complets, des légumineuses plusieurs fois par semaine, une source de protéines, un peu de matière grasse de qualité. C’est la logique de l’assiette équilibrée, qui ne demande aucun logo.

Le plus simple reste de cuisiner une base de repas maison avec des produits bruts, et d’utiliser le Nutri-Score pour bien choisir les quelques produits pratiques qui t’aident au quotidien : conserves de légumineuses, légumes surgelés, sauce tomate, pain, yaourts. Pour t’organiser, tu peux partir de notre liste de courses équilibrée, rayon par rayon.

Questions fréquentes

Le Nutri-Score est-il obligatoire en France ?

Non. En France, l’affichage est volontaire : chaque fabricant ou distributeur choisit de s’engager. Une fois engagé, il doit l’afficher sur l’ensemble des produits de sa marque concernés par cet engagement. Aucune obligation européenne n’existe à ce jour.

Pourquoi certains produits ont-ils changé de note ?

Parce qu’un nouvel algorithme, plus exigeant sur le sucre et le sel et plus favorable aux céréales complètes, aux huiles de qualité et aux poissons gras, est entré en vigueur en France en mars 2025. Selon Santé publique France, 30 à 40 % des produits sont concernés. Les emballages ont jusqu’en mars 2027 pour être mis à jour.

Un produit noté A est-il forcément sain ?

Il a une bonne composition nutritionnelle par rapport aux produits de sa catégorie, mais le Nutri-Score ne dit rien des additifs, du degré de transformation ni de la portion. Un coup d’œil à la liste d’ingrédients reste utile.

Faut-il éviter tous les produits notés D ou E ?

Non. Le PNNS conseille de les limiter, pas de les supprimer. Fromage, chocolat ou charcuterie peuvent faire partie d’une alimentation équilibrée en quantités raisonnables, en profitant du plaisir qu’ils apportent.

Pourquoi l’huile d’olive n’est-elle pas notée A ?

Parce qu’une huile reste très riche en énergie et en matières grasses. Avec le nouvel algorithme, les huiles d’olive, de colza et de noix passent en B, la meilleure note atteignable dans leur catégorie de produits très gras. C’est un bon choix, à utiliser à la cuillère.

Le Nutri-Score tient-il compte du bio ?

Non. Le calcul repose uniquement sur la composition nutritionnelle. Un produit bio et un produit conventionnel de même composition ont la même note.

Sources

  • Santé publique France : « Nutri-Score : point sur les évolutions de 2024 » (2024).
  • Santé publique France : « Nutri-Score, Questions & Réponses », version française mise à jour avec le nouvel algorithme (17 mars 2025).
  • Direction générale de la Santé, Actualités PNNS 4 (mars 2025) : signature de l’arrêté du 14 mars 2025 adoptant le nouvel algorithme, publié au Journal officiel le 15 mars 2025.
  • Arrêté du 31 octobre 2017 fixant la forme de présentation complémentaire à la déclaration nutritionnelle recommandée par l’État (Nutri-Score).
  • Manger Bouger (PNNS) : « Réduire les boissons sucrées, aliments gras, sucrés, salés et ultra-transformés ».
  • Department of Health (Royaume-Uni) : guide de l’étiquetage nutritionnel en face avant (2016), seuils « faible » et « élevé » pour 100 g.
  • Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires (déclaration nutritionnelle, liste des ingrédients).